Le narrateur, un homme apprêté pour sortir, trouve devant la porte de sa maison un putois. Surpris, il s’éloigne avec précaution, s’amuse de marcher avec le petit animal sur les talons, mais s’inquiète vite de se savoir suivi. S’engage alors un jeu de piste et de cache-cache. La victime du putois obstiné rapporte cette course poursuite absurde et drôle, à pied, en taxi, dans une ville américaine, peut-être New-York, dans la haute société, à l’opéra, au jardin public, au parc d’attraction, au cimetière, au bout d’une impasse jusqu’au souterrain. Il n’obtient rien des motivations du putois. Sa seule issue : changer de quartier et de maison. Malgré une nouvelle vie toute en couleurs, il pense au putois, se demande ce qu’il fait et où il est. Il part à sa recherche et le prend en filature histoire de s’assurer qu’il ne recommence pas à le suivre …
L’histoire simple et drôle, au comique soigné façon cartoons, est mise en images, animées et humoristiques, par un graphisme sobre et élégant, entre les dessins de presse et les comic strip. Les décors intemporels dans les tons passés, à l’effet sépia, gris, blanc, chair, est le support d’un dessin dynamique, au trait crayonné noir ponctué de rouge, tel l’attribut du clown, sur le nez du putois, le nœud papillon de l’homme et le rouge classique dans le bouquet de roses. Mimées, les gestuelles et expressions sont pleines d’émotions et de sensations. Les illustrations se multiplient et s’accélèrent au rythme de la poursuite et sont centrales aux temps de pauses. Les protagonistes sont élégants et attachants, un putois aux courbes élancées et gracieuses, un homme en costume et queue de pie. Pas un instant le lecteur ne soupçonne une intention, seul le jeu et le souci de l’autre semblent motiver ce couple improbable.
Dès 4 ans.
Le putois qui m'aimait, Mac Barnett, Patrick McDonnell, Milan, février 2016,40 pages, 13,50€, 9782745972910
Marguerite est une jeune nantaise de 27 ans, jolie, active et intelligente. Elle vit en couple et travaille dans une grande entreprise. Elle mène une vie en apparence normale. Son quotidien est réglé et routinier. Marguerite est discrète, pour certains effacée et insignifiante, pour d’autres asociale et inadaptée. Elle souffre du bruit, des bavardages, des activités collectives. Elle a des difficultés à saisir les codes sociaux et adopte des comportements décalés. Elle se force à se fondre dans la masse et à se rendre invisible. Vivre en société lui demande une grande concentration et épuise son énergie. Elle a besoin de s’isoler pour se recentrer. Elle se hâte de retrouver le calme et le silence de son appartement, en compagnie affectueuse de ses animaux. Sa bulle de solitude est son refuge, elle s’y sent en sécurité, soulagée des pressions, du tumulte et de l’excitation sociale. Incomprise et jugée, elle lance une recherche sur le net et trouve des réponses à ses symptômes. Poser des mots et leur donner des noms valent tous les remèdes. Elle gagne une reconnaissance et une écoute et peut se construire par l’acceptation de ses capacités, limites et envies.
En 1938, au seuil de la mort, le poète Ossip Mandelstam revient sur son enfance à Saint-Pétersbourg, puis sur quarante ans de création et de combat pour donner voix au souffle poétique qui l’anime, porté par Nadedja, sa femme, amoureuse et dévouée, aux côtés de contemporains et amis, Pasternak, Akhmatova et Tsvétaïeva.
« Les mots
Asia Bibi est accusée de blasphème pour avoir puisé et bu de l’eau dans un puits réservé aux musulmans. Paysanne chrétienne, mère de cinq enfants, elle est condamnée à mort par pendaison en 2010 au Pakistan, elle survit depuis à l’enfer de la prison de Multan. Les rejets de la grâce présidentielle et de l’appel des avocats défient l’indignation de la communauté internationale et des médias. Le temps s’est arrêté pour Asia, il est suspendu dans une cellule d’attente, de peur, de doutes et de questionnements. Opprimée et dépossédée des sources vitales, alimentaire, sanitaire et affective, violentée entre les murs sous les coups de ses geôliers, menacée hors les murs sous les coups d’une cabale et de la charia, elle survit réfugiée dans une cellule plus intime et résistante, une méditation douloureuse, entre souvenirs, imaginaire, amour et folie. Coupée du monde, privée des nouvelles de sa famille, ne sachant ni lire, ni écrire, elle compte ses cinq enfants, les appelle, crie leur noms, comme un refrain, une mélopée scandée de tout son corps plié à terre puis redressé, encore et encore, telle une prière.
« Est-ce-que Fantine abandonne Cosette ? » Une discussion s’anime autour de la question, les avis de la classe sont partagés. De l’analyse des Misérables de Victor Hugo, les élèves sont amenés à penser autour d’une séparation, l’acte extrême d’une mère, confiant son enfant à d’autres. Est-ce un acte conscient, désespéré, aimant ? La réflexion dépasse le cadre littéraire pour interpeller les valeurs et convictions de jeunes, pour toucher à vif certains au cœur de leur vécu et souffrances intimes. Abdou, d’habitude distant et silencieux, rompt les jugements à tout vol, se lève, défait et disparaît. Sonia est émue par la réaction inattendue de ce grand garçon noir, solitaire, en apparence solide, qu’une lecture vient de briser. D’Abdou Traoré, on sait peu de choses : africain, il est arrivé en classe deux mois plus tôt en janvier. Triste et mélancolique, il ne se mêle pas aux activités de loisirs. Sonia croise sa route en différents lieux de la ville de Berck-sur-Mer. Où vit-il ? Et que cherche-t-il, toujours en marche ? Il faut une panne d’ascenseur dans l’immeuble de Sonia pour que les deux jeunes se rapprochent. Ils se confient et partagent le douloureux manque de leurs mères. Sonia vit seule avec son père depuis la mort de sa mère, des suites d’un cancer. Son père est moniteur de char à voile. Le sable dans les cheveux, il incarne une énergie, il entraîne sa fille et ses amis dans une joie un peu folle et grisante soufflée par le vent dans les voiles.
Dimitri ne sait pas encore bien ce qu’il fera dans la vie. Petit humain, sa route est longue avant de tout savoir, il a tant à apprendre, à explorer les mots et la parole, à imaginer et créer, à réfléchir, se questionner et interroger son entourage. Son boulot d’enfant est de bien grandir, accompagné des adultes, parents, enseignants, des copains, des livres, dans des lieux de vie, de cultures et d’échanges, à l’école, dans les musées et les bibliothèques. C’est le temps de l’apprentissage et des découvertes pour bien se construire, devenir grand, créatif, inventif, acteur de possibles et de changement. Il pourra exercer un métier et inventer, transmettre à son tour et agir, seul ou collectivement.
Ray est un enfant noir en colère. Il est furieux contre l’injustice d’être pauvre, de vivre dans un quartier triste et laid, d’avoir été abandonné par son père, puis par son grand frère, contre sa mère restée seule et contre son petit frère, trop innocent. Il a la rage d’être le seul Black dans une école de Blancs. Il déteste l’école et les autres. Il se bat pour passer sa colère, redouté et toujours puni. L’arrivée d’un nouveau proviseur va changer le destin de cet enfant victime d’inégalités raciales, rejeté et submergé par la fureur, n’ayant que ses poings pour expressions. Provocateur et avisé, M. Chapman s’intéresse à l’enfant rebelle, frappe fort, un direct au cœur du jeune, qui, à son contact, trouve plus qu’un maître : un père. L’homme pousse Ray à puiser ce qu’il a de meilleur, à canaliser son énergie et à maîtriser ses émotions par son souffle. De nouveaux espaces et horizons s’ouvrent à l’enfant. Il ne démarre pas la boxe, il poursuit sa route en des foulées répétées autour du stade. Il prend goût à la course et à la victoire non comme une fin en soi, mais comme un recommencement, il apprend l’échec et la persévérance. Il étudie les maths, porté par le même souffle que la course et la confiance égale d’un être généreux et compréhensif. A son tour, adulte, il transmettra sa passion du sport avec bienveillance.
Version miniature du Super-héros (il faut un début à tout), le mini-héros est un petit original, un être à part, qui se veut unique. Déterminé et énergique, il se voit engagé dans des missions supérieures au commun des maternelles et doit se soustraire aux jeux de la cour de récré pour de nouvelles aventures, sauf par temps de pluie, d’ennui et de fortes chaleurs. Il mène une vie pleine de contraintes, de désagréments et de défis, souvent incompris du monde des grands en manque d’humour attaché à des détails tel que ranger sa chambre. Il reste entouré d’amis, ses plus fidèles jouets et peluches.